Quels sont les collectionneurs qui connaissent Walid Raad? (en français with English synopsis at end)

L’intitulé peut surprendre, mais pourtant la question mérite d’être posée. Ces dernières on ne compte plus les collectionneurs qui ont acheté avec leurs oreilles davantage qu’avec leurs yeux et leur cœur. L’arrivée de la crise devait changer les comportements, rien n’est moins sur. Ainsi, lors des vernissages tout le monde continue à parler du jeune artiste du moment qui n’a pas vraiment fait ses preuves mais qui se négocie avec des prix élevés aux enchères.

En revanche, lorsqu’on leur pose la question : connaissez-vous Walid Raad ? La réponse est 7 fois sur 10 : non, je ne connais pas tous les jeunes artistes, il y en a tellement !

Alors pour que tout le monde ait une chance de connaître Walid Raad, voici un résumé de l’œuvre de ce « jeune artiste » qui débute.

Il vient d’être sélectionné parmi les finalistes du prix Hugo Boss et va avoir au mois d’octobre 2010 une grande rétrospective à la Whitechapell Gallery de Londres. Il a eu des expositions personnelles au musée de la REINA SOFIA à Madrid, au musée REDCAT de Los Angeles, au Museum of fine art de Houston, au Migros Museum de Zurich, au Hamburger banhof de Berlin.  Il a eu l’honneur de participer à 4 expositions de groupe au MOMA ainsi qu’à la Tate Modern et au Musée Pompidou. Il est, entre autre, dans les collections publiques du MOMA, de la Tate Britain, de la Tate Modern, et de la National Gallery du Canada.

Pas si mal, pour un jeune artiste ! Dans ces conditions, comment expliquer qu’il soit si peu connu des collectionneurs averti. La raison est simple : il n’existe aucune spéculation sur cet artiste. Walid Raad ne passe pas aux enchères et ses galeries ne poussent pas les prix. Sa carrière se construit lentement mais sûrement non pas en fonction du marché, mais des institutions, ce qui lui confère une vraie légitimité artistique.

Comment décrire son travail. Il est avant tout conceptuel et repose sur l’histoire tragique de son pays : le Liban. Partant d’une réalité historique: la guerre, la destruction et la division qui exclut tout développement et épanouissement de la culture et de l’art, Walid Raad imagine une autre histoire parallèle dans laquelle les intellectuels, les historiens et les artistes auraient pu s’épanouir. C’est ainsi qu’il va créer le Atlas Group qui est censé regrouper l’œuvre de plusieurs artistes libanais qui ont collaboré ensemble, alors qu’en réalité il n’y a qu’une seule personne derrière Walid Raad. Il va inventer un personnage important de l’histoire du Liban le Docteur Fakkourhi et raconter son épopée.

 The fakhouri files


L’œuvre de Walid Raad est également une invitation à la construction d’une humanité réconciliée avec elle-même, qui préfère la culture à la guerre. Pour ce faire, Walid Raad n’hésite pas à partir  des images violentes de la guerre pour les détourner pour en faire un objet esthétique et artistique sans jamais tomber dans la facilité. Le spectateur d’abord séduit par l’image en apparence lisse et calme, puis il se rend compte que derrière celle-ci se cache l’horreur de la destruction et de la guerre. De la sorte Walid Raad s’amuse de la propagande qui par la manipulation et des montages veut montrer une vision romanesque et héroïque de la guerre.

Ainsi dans la série « Let s be honest, the weather helped », Walid Raad choisi de presenter des façades d’immeubles décharnées  sur lesquelles remplace les impacts de balles et d’obus par des ronds de couleurs. Walid Raad parvient ainsi à faire coexister deux impressions antinomiques. D’un côté, il y a l’horreur et l’absence de vie symbolisée par l’image des façades représentée en noir et blanc et de l’autre les tâches de couleur qui symbolisent la vie, la joie et l’espérance. Walid Raad met ainsi en évidence l’opposition entre l’horreur de la guerre et sa représentation policée à travers la propagande.

Cette idée à nouveau exploitée dans la série « oh God he said ». Dans cette série composée de 31 pièces Walid Raad a isolé les explosions qui ont été photographiées lors des bombardements de Beyrouth.  Isolée de tout support l’explosion apparaît alors comme une gouache colorée et poétique. Ce n’est que lorsque l’on s’approche de l’œuvre que l’on réalise qu’il s’agit de détails d’explosions et que l’on se rend compte que cette œuvre si légère et délicate porte en elle toutes les stigmates d’une ville et la violence de la guerre.

Derrière ce détournement des images, l’on peut y voir un vœux, celui d’une société réconciliée et apaisée qui cherche à se reconstruire dans la paix.

English Synopsis:

Raad uses the conventions of archival museum display. Sombre grey walls, crisp white text and soft lighting lead us through the galleries. In the next room a network of dark, undulating spherical holes punctuates a low-level circular dais. Described as a scale model of all the detonations in Beirut between 1975 and 1991, the work is attributed to one Nassia Hassan, a senior topographer in the Lebanese Army. Upon being presented to the Lebanese parliament’s Committee on Development and Reconstruction, the original model – this is a replica – caused ‘the most heated and contentious parliamentary sessions in Lebanon’s recent history’, resulting in the dismissal of Hassan. As a sculpture, I Was Overcome with a Momentary Panic at the Thought that They Might Be Right (2005) formally spins the anthropomorphic Minimalism of Donald Judd with the etherealness of John McCracken; radicalized aesthetics in the form of a diagram-cum-sculpture.

Raad’s critique of documentary formats continues with We Can Make Rain But No One Came To Ask (2005), a ‘possible’ video collaboration between a leading ammunitions expert and a photojournalist that examines a specific detonation at Furn Ech Chubak, Beirut. The footage appears largely innocuous: street corners blend into each other, and unknown figures loom large as digital architecture twists and slides across the screen. This is video document as digital wallpaper, an endless shifting surface that expresses slight unease. Collectively the works propose a triangulated discussion that examines acts of extreme violence through the fractured lens of photography, sculpture and moving image.