
Sylvie Fleury, née en 1961 à Genève, est une artiste contemporaine suisse, connue pour ses installations. Les œuvres de Sylvie Fleurie s'appuient généralement sur l'exposition d'objets a prioriinvestis dans la société d'une forte valeur esthétique et d'un attachement sentimental (voir sexuel ou fétichiste): des installations ou photographies de chaussures à talon (Carwash, 1995), l'agrandissement de couvertures d'un magazine érotique Playgirl, l'exposition de luxueuses automobiles américaines (souvent repeintes, parfois compressées), des sculptures représentant des bâtons de rouges à lèvres géants, des fusées…
Dans ces œuvres, on retrouve souvent des teintes identiques issues de la palette de produits de maquillage, et des fourrures synthétiques (aux couleurs vives et à longs poils) qui recouvrent les objets. Sylvie Fleury présente par exemple de luxueuses voitures américaines (symbole et cliché d'une vie américaine, mais également véhicule communément importé en Suisse1), des produits cosmétiques et ses célèbres Shopping Bags (sacs d'achat). Ces éléments souvent liés les uns aux autres, soulignent les processus d'esthétisation en jeu, de fascination.
Le spectateur retrouve ainsi les motifs de flammes stylisées qui ornent certaines automobiles (concept du customizing, et plus particulièrement celui du tuning pour les automobiles) repris dans des peintures murales, des porte-clefs d'automobile reprenant des marques de mode (la Chevrolet 1967 et son porte-clés Chanel), des automobiles « maquillées » c'est-à-dire recouvertes de peinture rose (Skin Crimes 1997) ou carmin (les carcasses compressées de Hot Heels 1998) — couleurs du vernis à ongle, des tubes de rouge à lèvres (sculptures géantes, dans l'installation Hot Heels) et des fards à paupière (PerformanceChanel eyeshadows, 1993). Confirmant cette analyse, la voiture compressée de 1997 intitulée Skin crime 2 (Givenchy 601) se réfère de manière formelle, par son titre, à une collection de rouges à lèvres de la marque Givenchy.
Les références à des œuvres artistiques sont rares. On note néanmoins des renvois à la fente de Lucio Fontana, les compositions de Mondrian(Composition avec Jaune et Bleu, 1993) ou la répétition de boîtes de Warhol (Slimfast (Délice de vanille) 1993 ou First Spaceship on Venus1996), dont le principe serait, selon Liam Gillick d'offrir un « jeu linguistique pour ceux qui ont du mal à situer l'art par rapport à leur voiture ou à leur montre. »
Pour Markus Brüderlin, il est pertinent de s'interroger sur l'engagement de l'œuvre de Fleury, parce qu'issue d'une sensibilité féminine, dans une période où l'art contemporain s'engageait dans le social et le politique (années 1980 et 1990). Pour lui, bien que Sylvie Fleury aime à se produire parfois comme une « femme de luxe », elle ne prétendrait ni être une victime (de la mode), ni cette femme-objet décriée par les discours classiques féministes. Au contraire, Fleury se présenterait comme « sujet » de désir, communiquant ainsi à son œuvre, des énergies émancipatrices » et prenant « le shopping et le maquillage comme des actes de plaisir », revendiquant ainsi son droit à la consommation et à l'hédonisme, selon les principes d'un « néo-féminisme »
La question du féminisme réapparaît avec ses séries d'installations First Spaceship on Venus (« Premier vaisseau spatial sur Vénus »), évidentes métaphores phalliques : des fusées au corps bombé, dressées verticalement, sculptures de plus de 3 m. de hauteur, stylisée d'après le film de science-fiction First Spaceship on Venus.
(English synopsis)
Sylvie Fleury works with symbols of masculinity such as cars (in a smashed state) and applies lipstick colors to them, or she destabilizes rockets by changing their original surfaces, i.e. their nature, color, 'order', and 'representation'. Her 'Soft Rockets' play with the idea of 'masculinity gone soft'; their golden or silver color, for all its connotation of luxury, cannot conceal their dysfunction or inefficacy.
Fleury has tackled the work of many of the big male guns of modern and contemporary art, most reverentially Warhol. In one of her earliest works, the artist made a stack of silkscreen facsimiles of Slim Fast diet drink boxes in counterpoint to Warhol’s Brillo Boxes. Fleury shares Warhol’s interest in subjects like shoes, celebrities, designer labels, and perfume bottles. They also share a fascination with car crashes and disasters. Like Warhol, Fleury uses consumer culture as her inspiration and tool box. Her materials are popular products: shopping bags, scarves, shoes, feather boas, and make up. It should not be surprising therefore that Fleury also shares with Warhol a dedication to high fashion and consumer culture.
Artist and curator Peter Weibel observed that Fleury "uses soft feminine materials to change the hard aesthetic of men. She has thus not just deconstructed Pop Art, but by introducing soft materials into the world of hard signs she also deconstructs Minimal Art, Conceptual Art, Abstract Painting, etc, and reveals them as male codes.” 1 In her video, Walking on Carl Andre, 1996, stiletto-heeled, Mondrianinspired boots, walk over one of the artist’s floor pieces; a work of torn denim, simultaneously conjures high style and Lucio Fontana, and gilded Hermes bags, footwear, and shopping carts recall the finish fetish obsessions of Jeff Koons’ Rabbit and Balloon Dog.



